L'homme en uniforme rouge et bleu m'observe dans les feuillages. Au moment où je me retourne vers mon angle mort, l'image s'évanouit comme dans un film, manquant de produire sur moi le même effet. Mais pourquoi les illusions m'observent donc t-elles ?

Je termine un récit qui se passe dans l'Afrique des forêts des années 1950 : trois français cherchent à percer les secrets des rites initiatiques locaux. Aidés de féticheurs acquis à leur cause, ils vont de village en forêt, de sacrifice en enterrement afin de filmer et d'enregistrer ce qu'ils voient. Deux explorateurs finissent empoisonnés et le troisième est contraint d'abandonner par l'administration coloniale.

Deux garçons et une fille à l'allure périphérique cherchent le temple, je leur raconte le hameau qu'ils ne connaissent pas :

"Il y avait une laiterie avec des chèvres..."

"J'camprainds bin qu'un lui ait coupé la tête....", me répond l'un d'eux alors que je les avais pris pour des vilains de banlieue.

Nous riions hier avec Stéphane de "l'effet domino". Me voilà à chercher des liens de cause à effet entre ma crise de foie, le chapelet d'os  trouvé sur le retour, boulevard de la Reine et les libellules accrochées l'une à l'autre sur l'étang accomplissant sans sourciller leur rituel à couilles rabattues.


"Ne les appelle pas, attends qu'ils viennent", me disait N. En effet, il semblerait que ce soit eux les premiers à s'être inquietés de ma présence.